Mon histoire avec les TCA

 

Il est toujours plus ou moins difficile d’en parler avec détachement aujourd’hui, car pour être honnête avec vous, même si je vais vraiment mieux aujourd’hui,  9 ans de troubles du comportement alimentaire, ça laisse des traces. C’est une réalité que parfois j’ai du mal à admettre encore, parce que nous avons été habitué à vivre cette maladie dans la honte. J’en ai presque toujours parlé plus ou moins ouvertement avec mes ami(e)s très proches, mais ce n’est pas quelque chose dont je parle régulièrement sur les réseaux sociaux par exemple, parce que tout simplement je ne me sentais pas vraiment légitime ou assez avancée dans la guérison pour en parler.  Oui je vais mieux, mais disons que le sujet de l’alimentation reste toujours un sujet plus ou moins sensible pour moi, parce que finalement tout ça est très récent 🙂 . C’est pourtant quelque chose qui fait parti de moi, et je crois qu’aujourd’hui je me sens prête à en parler sur mon Blog, parce que d’une part j’ai l’impression d’avoir plus d’espace pour m’exprimer et rédiger de réels articles à ce sujet, et d’autre part je crois que nous pouvons tous transformer nos plus grandes faiblesses en forces pour aller de l’avant. Alors, c’est aussi une sorte de thérapie pour moi d’en parler avec vous ici 🙂

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A partir de mes 17 ans je suis tombée dans une phase d’anorexie mentale: perte de poids, perte de joie de vivre… j’étais complètement obsédée par la nourriture, ce que je devais manger, pas manger, je me pesais deux ou trois fois par jours, je me tuais tous les jours à la salle de sport avec à peine 400 calories dans le corps… bref une période où j’ai voulu noyer une sorte de mal être dans le contrôle extrême de la nourriture et de ma vie. Cette période a duré environ 1 an, jusqu’à ce que je connaisse mes premières « crises de boulimie ». Effectivement mon corps était tellement en mode famine qu’il a crié au secours… le cerveau n’est pas bête et a un instinct de survie, et pour vivre, il faut…? MANGER! La Boulimie est je crois le plus difficile à vivre entre les deux, l’anorexie même si on perd complètement l’énergie de vivre, on se sent quelque part puissante et ce contrôle extrême est presque jouissif. La boulimie personnellement je ne comprenais juste pas pourquoi tout d’un coup j’avais ce besoin irrépressible de manger autant, alors que jusqu’à maintenant je contrôlais tout parfaitement. Quand on est boulimique on souffre de dysmorphophobie, on se voit obèse parce qu’on vient d’avaler une quantité très importante de nourriture…  On se sent coupable, on vit dans la honte, dans le mensonge… combien de fois j’ai pu cacher et mentir à mes proches concernant les crises que j’avais. Pendant plusieurs années je me faisais vomir, parce que je ne pouvais pas garder toute cette nourriture en moi, je me dégoutais. J’ai alors alterné des semaines « d’anorexie » et des weekends  » de boulimie » et ainsi de suite… le cercle vicieux de l’enfer…

Je suis passée par tellement de périodes différentes, c’est assez difficile à raconter et à décrire…

J’ai peu à peu arrêté de me faire vomir parce que tout simplement mon corps a dit stop, il était fatigué, il n’en pouvait plus. Cependant j’avais toujours des crises… donc j’ai repris du poids, et évidemment je me sentais très mal dans ma peau, coupable, ne comprenant toujours pas pourquoi je vivais quelque chose d’aussi difficile. Je voulais remplir le vide d’un puit sans fond, et je cherchais désespérément l’origine de ce mal être… je voulais m’en sortir, mais j’étais littéralement prise au piège par ce trouble qui occupait toute la place dans ma vie.

Progressivement ( en quelques années ) après beaucoup de lectures, de professionnels en tout genre consultés, de prises de conscience pendant mes voyages et dans la vie en général,  je suis passée de la total restriction à essayer d’écouter mon corps, à manger sainement, et surtout assez. Je me suis beaucoup intéressée à la spiritualité et la psychologie pour comprendre en profondeur mon problème, pour essayer de trouver des solutions, et espérer à plus de paix intérieur. Pourtant à cette période c’était encore  plus ou moins de l’orthorexie dissimulé, c’est à dire que j’étais quand même toujours obsédée par le fait de manger sainement, j’avais renié tout ce qui pouvait être « nocif » pour mon corps comme le gluten par exemple, ou ce genre de choses,  je suivais des comptes de fitgirl en croyant que ça m’aidait à rester motiver (ce qui au contraire ne faisait qu’aggraver les croyances que j’avais sur le fait de vouloir avoir le corps parfait), j’étais toujours obsédée par aller au sport tous les jours, et toujours stressée quand j’allais devoir partager un repas de familles ou entre amis et que je ne pouvais pas « contrôler » ce qu’ils allaient préparer.  Durant cette période je pouvais toujours avoir des crises, parce que au final même si c’était moins intense que pendant ma période d’anorexie, j’étais toujours dans un contrôle permanent.

Petit à petit, et je dis bien, petit à petit, j’ai appris à me réconcilier avec certains aliments… avec moi même, à comprendre que se detester n’avançait à rien et ne changeait en aucun cas la forme de notre corps. J’ai appris à me permettre de manger certaines choses qui sois disant étaient « interdites » ( vive les diktats de la société et de la minceur! ), et surtout à être moins dans la CULPABILITE! Et ça les gars…. c’est chauuuud!!! La culpabilité je crois que c’est la pire chose, et c’est aussi la chose qui te colle le plus aux baskets, ce sont des pensées intrusives « han tu n’aurais pas du manger ceci, et patati et patata » et pour tout vous avouer même si j’en ressens moins qu’avant j’en ressens toujours aujourd’hui parfois, je me surprends à être dans le jugement de la nourriture ou de mon corps, alors que pourtant il n’y a vraiment pas de quoi. Mais encore une fois je le répète mais c’est très difficile de déprogrammer toute les croyances qu’on s’est inculqué pendant des années et des années, alors step by step… c’est aussi important d’être dans la compassion avec soi même, et se lâcher un peu la grappe.

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Ma Vision des choses aujourd’hui?

J’ai un rapport beaucoup plus sain à la nourriture qu’avant, ce n’est plus une obsession, j’ai lâché prise sur « l’alimentation parfaite » et j’essaie juste de trouver un équilibre entre une alimentation saine et écouter mon corps, et le fait d’aussi écouter ses envies, manger une glace quand on a envie de manger une glace. Il m’arrive toujours d’être trop dans le contrôle par période, mais globalement je suis beaucoup plus dans la permission qu’avant. Et finalement, plus on se permet les choses naturellement, moins on a envie de faire des orgies de bouffes, plus aucune raison de se gaver puisque ce gateau si délicieux, je pourrais aussi en manger demain, alors pourquoi finir le paquet aujourd’hui? Ne plus se priver et s’écouter… Vous voyez ce que je veux dire? Parce que pour moi diet parfaite toute la semaine et un « cheatmeal » par semaine, ce n’est pas non plus sain… d’ailleurs la plupart des cheatmeal des personnes qui pratiquent cela sont la plupart du temps comparable à une crise de boulimie masquée…

Si j’ai des périodes où mes émotions sont un peu fragiles, et négatives, je vois clairement que la nourriture reste ma « faiblesse » (pour l’instant) et j’ai tendance à plus manger quand je suis comme ça, mais je crois que c’est beaucoup d’entre nous non??  Bref il m’arrive encore d’avoir des « rechutes » mais voilà après tout est relatif, quand je dis rechute, on est très loin des énormes crises de boulimie que je faisais avant, par rechute j’entends plutôt le fait de se sentir dans un comportement un peu compulsif, pour répondre à une émotion négative ou à un excès de « contrôle » que mon corps assimile à une privation, et pour mon cerveau « privation = instinct de survie déclenché = compulsions.

Aujourd’hui ma vision des choses est de bannir les régimes, sortir des codes sociaux dans lesquels on doit faire du 36 et ne pas avoir un cm carré de cellulite sur la peau pour plaire, ARRETER de se priver, arrêter d’être trop dur avec soi même, essayer de s’accepter comme on est, et encore mieux de s’aimer. J’aime l’idée du BODYPOSITIVE qui s’est développé depuis un an sur les réseaux sociaux. Je suis pour une alimentation libre, intuitive, respectueuse de l’environnement. Une alimentation non transformée, riche en couleurs, parce qu’il est important de se faire plaisir visuellement. Respecter et honorer notre corps, notre faim et aussi notre enfant intérieur qui a parfois envie de manger quelque chose de réconfortant, ne plus rien s’interdire, ne plus juger les aliments, et à tout prix sortir de la culpabilité… et du regard des autres, et ça je crois que c’est pour ma part la chose la plus difficile et pourtant c’est aussi ça qui permet la libération. Bref… Le tout est de trouver un équilibre, son équilibre. 

Prenez conscience que nous sommes humains, et que surtout nous sommes LOIN d’être les seul(e)s à ne pas trouver un équilibre alimentaire qui nous permet d’être serein(e)s à 100%. Nous vivons dans une société ou les médias et les réseaux sociaux ne nous facilitent pas la tâche, on se compare, on nous influence… mais ce que j’aimerais partager, c’est qu’il faut vraiment souffler et se lâcher la grappe…. nous sommes humains, je le répète encore, la société a tendance à diaboliser les emotions négatives mais encore une fois c’est totalement normal d’en avoir, et vous n’êtes pas un monstre parce que vous mangez trop parfois… c’est une réaction normal de notre corps après tout ce passé compliqué avec la nourriture. Notre corps fait ce qu’il peut..et il est le résultat de tout ce qu’on lui a fait subir dans le passé, on ne peut pas lui en vouloir,  il est notre allié. C’est un long processus et le contrôle ne fait qu’empirer les choses… alors… comme le dit la photo au dessus : « Donnez vous le temps de grandir, S’accepter est un processus » .

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Aujourd’hui si je questionne mon alimentation c’est plus souvent pour des questions environnementales que pour des questions de calories.  Je suis végétarienne depuis deux ans, et c’est un mode de vie qui me convient très bien et qui me tient beaucoup à coeur, (tant d’un point de vue environnemental, que d’un point de vue concernant la souffrance animal ainsi que la santé), suite aux nombreuses prises de conscience que j’ai eu au fil de mes différents voyages. C’est quelque chose que j’ai totalement intégré et je ne me sens pas du tout frustrée de ne pas manger de viande… Je ne considère donc pas cela comme une privation puisque j’ai vraiment pris cette décision en conscience.

J’écrirais dans ce Blog des articles concernant l’alimentation, le rapport au corps, le végétarisme…. bref tout ça tout ça quoi ! 😀

En attendant prenez bien soin de vous!